JOSEPH HECHT ET WILLIAM HAYTER

Ces deux artistes sont liés par la même recherche de la gravure pure, de la technicité et de l’aspect artisanal de leur art dans le but d’atteindre la perfection.

Leur conception de la création les empêchait de confier la moindre partie de leur travail à qui que ce soit. Ils mouillaient eux même le papier qu’ils faisaient fabriquer sur mesure, broyaient leurs encres, imprimaient.

Leurs œuvres apparaissent très différentes avec d’un côté les planches « classiques » de Hecht et de l’autre celles « modernes » d’Hayter. Mais les deux artistes se rejoignent sur la qualité et la pureté de la ligne, sur leur art de manier le burin. Ces deux là avaient une très haute conception de leur art et l’ont porté à un haut niveau.

Hayter et l’Atelier 17

Les deux artistes se trouvaient loin des pressions et des conditionnements du marché dans les années 1920/1930. Les estampes ne se vendaient guère. Leurs tirages étaient limités. Ils pouvaient se consacrer à leur travail avec enthousiasme et innovation.

Hayter arrive de Londres à Paris en 1926 tandis que Hecht était installé depuis 1920. Ils se rencontrèrent en 1926 gràca à Anthony Gross, peintre graveur connu qui fréquentait l’académie Julian. Ils se lièrent d’amitié et bientôt Hecht tirait les premiers burins d’Hayter.

Le célèbre « Atelier 17 », rue du moulin vert, créé par Hayter pris vie chez Hecht en 1927 qui avait dès le début protégé son élève. Hayter ouvrit cet atelier consacré à la gravure moderne et à la formation contre les avis de presque tous ses amis. Mon père était le plus souvent présent à l’atelier lors des absences d’Hayter comme le soulignait son fils Henri Hecht.

C’est auprès de Hecht que Hayter se spécialisera dans la taille directe sans passer par les acides ou les poudres, apprendra la perfection du trait de manière à créer directement l’image à partir du burin.

Une des leçons de Joseph consistait à demander aux étudiants de tracer un sillon profond au burin et ensuite de l’effacer pour qu’il n’en reste plus aucune trace…. Il fallait parfois une semaine pour y arriver.

Les artistes ont ensuite chacun vécu leur vie et leur art.

Hayter a utilisé la couleur, la luminosité. Il a créé des images et a participé au développement de l’expressionnisme.il n’a pas hésité à transposer dans son œuvre les tourments de son temps et de la guerre.

Hecht n’a pas eu le même succès. Son monde d’animaux hors du temps, de créatures de l’esprit, la dimension de paix et d’ordre de ses œuvres font que celles-ci sont hors du temps et de l’espace, loin du tumulte du monde et de la guerre.

Bref, deux artistes que tout oppose et qui étaient pourtant amis comme le prouve la présence de Hecht dans la correspondance de Hayter.

C’est Hayter qui va faire connaitre Hecht aux Etats Unis et permettre  à la National Gallery  d’acquérir plusieurs gravures de Hecht. Puis ce sera la collection Rosenwald de Philadelphie. Puis d’autres musées américains.

C’est lors du retour des Etats Unis après la guerre que les deux amis se retrouvèrent. Le couronnement de cette amitié se traduira par la création conjointe de « La noyée » en 1946 ( gravure ci-contre). Ils travaillèrent un mois sur cette gravure (10 états).

En 1930 Hayter grava à la pointe sèche six paysages urbains de Paris. Sue la première, on peut voir le bâtiment où vivait Hecht. Hecht lui répondra un peu plus tard en gravant une série de dix gravures sur Paris.

En 1939 Hecht grava pour « Fraternity » une des deux suites publiées par Hayter pour aider l’Espagne Républicaine. Et cette suite sera tirée à l’atelier 17 par Henri Hecht qui deviendra peintre.

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